Accueil Date de création : 04/05/09 Dernière mise à jour : 26/08/09 18:49 / 7 articles publiés
 

Un site pour découvrir Luc et ses amis  posté le lundi 04 mai 2009 22:09

Sélectionnez : http://luc.enchanteur.free.fr  et vous pénétrerez dans le monde fantastique de Luc Vilmeidr.

Luc Vilmeidr et la Balance de Parité

Luc Vilmeidr et la Garde rapprochée

Luc Vilmeidr et le Ragnarök

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Quatrième de couverture  posté le dimanche 31 janvier 2010 11:48

Février 2005. Le jeune Luc Vilmeidr, 14 ans, habitant une petite ville de la Creuse, découvre un jour que les objets semblent lui obéir. Sa mère lui confie qu'il est sorcier de sang, héritier de Merlin l'enchanteur et que ce statut le met en danger sans qu'elle n'en sache les raisons.
Les forces du Mal se manifestent et Luc, qui ne comprend pas le sens de leurs menaces, doit se défendre. Sera-t-il assez fort pour déjouer le plan infernal qui a été monté contre lui ?
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La Creuse, lieu de l'intrigue  posté le lundi 23 novembre 2009 20:10

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Prologue  posté le dimanche 31 janvier 2010 11:56

  — Asseyez-vous, mes amis, je vous en prie !

Les trois gardiens, s’allongèrent dans l’herbe tendre, à l'ombre bienfaisante d'un grand chêne. Digne comme un roi, "l'immortel" vint se placer face à eux. D’un geste négligent, il rejeta sa cape sur ses épaules et s’assit sans plus de manière, s’adossant au tronc noueux de l’arbre centenaire.

Il était difficile de distinguer ses traits tant l’éclat qui émanait de sa personne agressait les regards. A l’inverse sa voix était douce et quelque peu chantante. Les trois gardiens, une fois leurs yeux accoutumés à sa présence, constatèrent avec surprise, que leur interlocuteur semblait beaucoup plus jeune qu’eux, bien que la dureté de son regard dévoilât une détermination implacable. Il portait une tunique éclatante recouverte de lanières d’argent, destinée à refléter le feu ardent qu’il brandissait dans les combats pour terrasser ses adversaires. De longs cheveux bouclés dissimulaient en partie ses épaules bardées de métal. A son côté, pendait une épée massive, simplement glissée dans un baudrier de cuir orné de lamelles dorées et de pierres précieuses.

  — Afin de bien comprendre le destin de cet enfant, poursuivit le guerrier, il me faut vous parler d’une époque perdue dans les ténèbres de l’oubli. Une période troublée, où les fondements de cette histoire ont commencé à se dessiner. L’aube de l’humanité n’en était qu’à ses débuts et, seuls les immortels sont encore en mesure de se rappeler ces évènements tragiques…ce sont des souvenirs trop amers pour être transmis par les générations.

  — Il faudrait que tu nous raconte cette histoire dans le détail, s’il te plaît, requit Syriel, qui semblait assumer la responsabilité du petit groupe, nous devons tout savoir. L’importance de notre mission te le commande.

Le visage du guerrier se détendit, un sourire illumina son regard et il hocha imperceptiblement la tête.

  — Soit. Alors, écoutez moi :

En ces temps reculés, les dieux qui régnaient sur l’univers étaient mauvais et cruels. Ainsi, par vanité, ils pariaient leur existence sur la puissance des différentes ethnies de la terre, les exhortant à se livrer, en leur nom, des guerres sans merci. Après les combats, la divinité que vénéraient les vaincus, perdait titres et immortalité. Mais, par trois fois, la race humaine faillit s’éteindre, faute de combattants et il fallut attendre des siècles, entre chacune de ces calamités, pour que la vie retrouve ses droits, que les continents se repeuplent et qu’il y ait à nouveau des hommes à gouverner et à fanatiser. Après d'incessants conflits aussi abominables les uns que les autres et afin d’éviter une extinction probable de toute forme de vie intelligente à la surface de cette planète, les forces suprêmes encore en lice se sont ralliées à la sage décision d’arrêter ce jeu stupide et de laisser aux hommes, le soin de choisir leur destinée par eux-mêmes. Ils ne leur restaient plus qu'à se trouver un arbitre impartial pour régler leurs différends et assouvir leur soif de pouvoir…

Il s’assura du regard que ses interlocuteurs suivaient avec intérêt le cours de son récit. Après un long silence, il se décida à leur révéler ce que seule, une petite poignée de personnes sur terre avait connaissance.

  — Il fut décidé qu’une balance, dotée de facultés prodigieuses, lui permettant de comptabiliser les bonnes ou mauvaises décisions de chaque individu vivant en ce monde, désignerait le futur administrateur de la planète pour un cycle bien défini. Dans la douleur, ainsi fut-il fait car, vous vous en doutez bien, certains manifestèrent leur contestation dans le sang.

Je suis l’un des premiers "immortel", chargé de la protection de cet objet sacré, un guerrier qui se promène de siècle en siècle à côtés des hommes, sans se faire voir. Mon nom est imprononçable pour eux : " Dih-sith-frihd-zef ", celui qui fait venir la tempête. Mais vous, mes amis, vous pouvez m’appeler Zef ou Zéphyr, le vent violent qui souffle de l’ouest…

Ses invités acquiescèrent d’un hochement de tête, ravis de cette marque de sympathie de la part du grand guerrier.

  — Nous étions cent mille de part et d’autre, nous ne sommes plus qu’une poignée. Sept en tout.

  — Sept, seulement ? Que sont devenus les autres ? interrogea l'un des trois gardiens.

Un profond soupir sortit de sa poitrine et son regard adouci se perdit dans le bleu de l’horizon.

  — Le terme immortel est inapproprié puisque les dieux eux-mêmes ne l’étaient pas totalement. Tout comme nous, ils pouvaient se combattre entre eux et disparaître.

  — Nous non plus, nous ne sommes pas immortels ? demanda Lehmaniah, passablement surpris.

  — Pratiquement, oui, tu es immortel aux yeux des hommes. Cependant, une créature des ténèbres ou un démon, pourrait détruire le serviteur que tu as choisi d'être ; alors, tu viendrais nous rejoindre pour une existence ultime.

  — Il serait sage que tu continues, Zéphyr ! Que se passa-t-il ensuite une fois cet objet sous votre protection, insista Syriel, pressé d’en apprendre davantage.

  — Des querelles, des contestations, sans cesse, qui se terminaient par la destruction et le sang. Seigneur, que de batailles j’ai dû livrer contre d'autres immortels au cœur de pierre. Combien de fois les rivalités, entre nos camps, ont dégénéré suite à des serments non tenus. Que de guerriers j’ai dû détruire et détruire encore pour protéger mon existence.

  — Peux-tu être plus précis ? Quelles en étaient les raisons, pourquoi deviez-vous absolument vous battre ? s’inquiéta Lehmaniah.

  — Toujours le même motif, mon ami, protéger l’objet sacré que nos adversaires voulaient récupérer pour s’en servir à leur profit.

  — "Il" n’est jamais intervenu dans cette guerre absurde ? coupa Syriel en désignant le ciel pendant un bref instant.

  — Non, Il a laissé toutes ces  divinités se déchirer entre elles ou se servir de nos légions pour le faire mais, lorsqu'il ne resta qu’un seul adversaire en sa présence, le pire de tous, le plus vicieux, "Il" a brandi sa puissance et obligé cette force maléfique à se soumettre. Ensuite, "Il" nous a déchargé de notre mission en octroyant à un sage le pouvoir et le devoir de protéger la Balance contre une utilisation interdite. Je me souviens encore de ce grand magicien qu’on appelait Merlin, un tronc sinueux, chevelu à souhait, aride à fréquenter, domicilié dans une forêt du bord de l’océan. De par sa naissance, il fut le premier à se voir confier la tâche ingrate de prendre notre place pour défendre la Balance sacrée contre la convoitise du Malin dont il était le fils banni. Il était né, en effet, d’une princesse royale et de la Force infernale elle-même, venue sur la terre s’amuser un peu. De son baptême, il avait reçu en héritage une puissance fabuleuse, qu’il partagea entre ses deux fils peu avant sa disparition. Il m’arrive encore de rencontrer son spectre décharné errant dans sa forêt natale. Il cherche sans relâche, à défaire les liens inextricables de sa prison magique tissés par Viviane, sa belle et possessive épouse… Les héritiers de Merlin ont continué à notre place, à se chercher querelles, et j’ai accompagné chacun d'entre eux dans sa destinée, suivant avec intérêt, les complots de la Force du Mal pour s’emparer de la Balance. Jusqu’à ce jour…

  — Ce jour ?

  — Le jour où il est né ! Je l’ai vu grandir cet enfant dont je vais vous raconter l’histoire. J’ai observé avec quelle malice son perfide adversaire tisse sa toile autour de lui, alors que la jeunesse et l'ignorance du petit sur ce monde inquiétant l’empêchent d’ouvrir les yeux. Pourtant j’ai confiance, car ce garçon a de la ressource, il a de qui tenir…

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le début  posté le lundi 23 novembre 2009 20:01

Vendredi 25 Février 2005    -  Luc traînait volontairement les pieds, creusant un large sillon dans la neige fraîche qui tapissait le trottoir. Il râlait. Il se retourna plusieurs fois pour regarder derrière lui, espérant secrètement que sa mère, prise de remords, le rappellerait mais, il était trop loin à présent et songea que, par ce temps, il valait mieux se dépêcher. Dépité, le garçon s’enfonça dans la tourmente, le dos courbé pour se protéger le bout du nez, soucieux, à présent, de ne laisser qu’un minimum de prise à la fureur des éléments.

C’est que la vague de froid qui, depuis une bonne semaine paralysait le pays limousin, ne semblait pas disposée à capituler. Imperturbable, la poudreuse giflait les visages au gré de la bise glaciale qui soufflait en rafales. La couche était si impressionnante qu’elle dissimulait complètement les contours des propriétés voisines. Tout était figé, engourdi, presque mort. Une étrange torpeur s’était emparée de chaque être vivant en ces lieux, homme ou bête, perdu dans la platitude d’un monde sans couleur, invisible dans la monotonie silencieuse des villages oubliés.

Luc râlait, je disais, car, aujourd’hui, il n’avait pas envie d’aller à l’école. Tout en luttant contre le vent glacé, il se lamentait, plaignant, pour la forme, les pauvres petits gars obligés de se lever à des heures impossibles. Il se révolta aussi contre les parents abusifs qui ne comprenaient " que dalle " à leurs enfants avant de pester vivement contre les maladies perverses qui ne frappaient jamais les élèves qui en avaient besoin. Que d'injustices il avait encore en réserve pour justifier sa mauvaise humeur ! Une vague impression que la terre entière se moquait de son infortune lui fit lever les yeux au ciel mais ce n’était qu’un vol de corbeaux à la recherche de sa pitance.

Pourtant, ce matin-là, il espérait pouvoir déjouer la méfiance de sa mère, habituée à ses ruses de guerre pour sécher les cours. Au réveil, alors qu’elle l'engageait à venir la rejoindre à la cuisine, il s’était inventé une douleur " grave " en dessous de son épaule droite. Pendant qu’il feignait de tousser, l’idée qu’il aurait pu être atteint d’une infection du genre de celles qui ne pardonnent pas, avait effleuré ses lèvres volontairement desséchées. En vain.

C’est que depuis un certain temps déjà, le petit futé explorait en cachette la grande encyclopédie de médecine familiale, sélectionnant avec malice, toute une série de maladies, plus ou moins sérieuses, dont il avait retenu les symptômes importants. Il avait pris soin de griffonner toutes ses trouvailles sur un calepin qu’il cachait dans une boîte de jeux. Ce qu’il ignorait, c’est que sa mère avait trouvé par inadvertance l’objet du délit, l’avait parcouru en souriant et bien sûr, finalement plus rusée que lui, l’avait soigneusement remis à sa place sans lui révéler qu’elle connaissait tous ses petits secrets.

Ainsi, en ce matin de février, comme tous les autres matins, après quelques vérifications indispensables, elle l’avait forcé à se lever, à se débarbouiller et à s’habiller. Ensuite, sans écouter ses jérémiades, elle lui avait donné son petit déjeuner et n’avait pas hésité à le mettre dehors. Malgré la mauvaise volonté qu’il affichait résolument depuis son réveil, il avait dû s’incliner devant l’incompréhension maternelle sur son cas désespéré.

C’est pour cette raison que Luc traînait les pieds en direction de son collège, frappant rageusement du bout de ses baskets dans les congères et maugréant des paroles incompréhensibles.

Pourtant, d’ordinaire, le garçon ne manifestait aucune répulsion pour l’école et, comme la majorité de ses camarades, il y promenait, avec nonchalance, sa petite vie d’adolescent bien dans ses chaussettes.

Toutefois, depuis une bonne quinzaine de jours, trois vauriens lui menaient la vie dure pour une histoire de blouson, le sien, évidemment. Celui qu’il avait reçu de ses parents à Noël et qu’il n’avait pas voulu leur offrir " gracieusement ". Ils le harcelaient chaque jour pour lui faire payer une sorte de taxe, un dédommagement, selon une façon de s’exprimer propre à leur milieu. Comme ces voyous étaient beaucoup plus grands que lui, il n’avait pas trop envie de les rencontrer d’où cette soudaine envie de tomber malade.

Les sens en alerte, Luc se rapprochait lentement de sa hantise du moment, la ruelle encore sombre, dépourvue de lampadaire, qu’il devait obligatoirement emprunter pour rejoindre la rue principale. Du haut de ses quatorze ans tout neufs, il remonta son col un peu plus haut sur ses oreilles gelées, enfouit prestement ses mains dans la tiédeur de ses poches,  serra les poings puis se décida enfin à s’engager entre les murs gris et sales délimitant le petit raccourci. Il avançait au ralenti, le cœur battant un peu plus vite que d’habitude, fixant la sortie de ce traquenard qui approchait trop lentement à son goût. Des papillotes glacées l’aveuglaient en permanence, l’obligeant à cligner fréquemment des paupières. Une maigre consolation vint adoucir ses craintes, il n’avait plus froid !

Ses tennis, qui crissaient sur la neige fraîche, imprimaient, sur le chemin immaculé, quelques traces furtives que la tempête s'employait à balayer rapidement.

Dieu, qu’il était long ce chemin vers la lumière et la sécurité !

Luc se demandait pourquoi sa mère, d’habitude si attentive à son bien être, l’avait obligé à sortir par ce froid alors qu’il était sensé être malade. Elle avait dû l’espionner et le surprendre pendant qu'il consultait le gros recueil médical. C’était la seule explication plausible. Il l’imagina, dissimulée derrière les vitres de la salle à manger, riant encore de ses efforts pour paraître mal en point alors que lui, pauvre innocente victime, allait risquer sa vie pour un blouson. Ça l’agaçait sérieusement mais ce qui le gênait le plus, c’était que le soir, après la classe, il allait devoir affronter ses sarcasmes et son regard moqueur, enfin, s’il avait la chance d’être encore vivant.

Finalement, dissimulé par la vitrine de la boulangerie qui tournait au coin de la rue, il jeta un coup d’œil inquiet sur sa gauche, tendit le cou pour en jeter un autre sur sa droite et poussa un gros soupir de soulagement. Rassuré, il émergea enfin sur le boulevard encombré de voitures rutilantes sous les réverbères, essayant, sans trop déraper, de rejoindre leurs destinations. Sur les trottoirs, quelques clients patauds, emmitouflés dans d’imposants manteaux, frappaient du pied le sol gelé et se pressaient d’entrer dans les commerces illuminés, au chauffage bienvenu.

Luc salua d’un geste vif, quelques camarades de classe peu enclins à flâner au cœur de la tourmente et adressa également un sourire à Lise qui, malgré son air de fille perpétuellement pressée, s’arrangeait toujours pour être à l’endroit et à l’heure voulue, là où il se trouvait précisément.

Il avait bien remarqué son manège car elle n’était pas très discrète mais n’avait pas encore trouvé le courage de lui parler d’autre chose que les habituelles banalités échangées entre élèves d’une même classe.

Pourtant il n’aurait eu aucun mal à la séduire car le garçon inspirait une réelle sympathie autour de lui : les cheveux châtain en bataille, une bouche bien dessinée aux lèvres charnues soulignant le petit nez retroussé hérité de sa mère, les filles, généralement, le trouvaient mignon avec ses yeux qui viraient du vert au bleu en fonction de ses humeurs. D’ailleurs, elles avaient coutume d’employer à son sujet et dans leurs conversations intimes, le terme "craquant ".

Luc vivait avec ses parents dans une propriété un peu à l’écart du centre ville de Presnois, petite bourgade tranquille du département de la Creuse.

Les Vilmeidr n’avaient plus qu’un fils après la mystérieuse disparition, il y a trois ans, de leur aîné, Michaël. Un matin, pendant les vacances de Pâques, celui-ci s’était mis dans la tête d’organiser, avec quelques amis, une randonnée autour du lac de Vassivière. Aucun d’eux n’était jamais revenu. Malgré toutes les recherches, les corps n’avaient jamais été retrouvés. Pour les autorités, la thèse de la fugue avait prévalu sur celle de la noyade. C’était tout au moins la version officielle. Pour les parents, il ne faisait aucun doute que si leur garçon ne donnait pas de nouvelles, c'est qu'il était mort ou qu'il était retenu contre sa volonté.

Gérald, le père, architecte à Guéret, rentrait volontairement tard le soir, après une longue journée de travail suivie d’un temps de trajet accru par les routes surchargées. Repas, journal, télé, un peu de sommeil et il repartait, éternel recommencement d’une vie qui, pour lui, n’avait plus guère de saveur.

Son épouse, Claire, quant à elle, s’occupait de la maison. Fille de bonne famille, descendante lointaine d’un seigneur local au passé glorieux, elle n’avait pour unique ambition que le bonheur de ce qui restait de son petit monde. Elle tremblait pour son dernier et ne vivait plus chaque fois qu’il s’absentait de la maison.

Si cette pauvre femme avait pu imaginer la destinée de sa progéniture, elle aurait tremblé davantage. Pourtant, elle aurait dû s’en douter, connaissant les antécédents de la famille.

Luc, rassuré, s’était calmé. Oubliés les trois clowns, surnom affectueux qu’il donnait en général à ceux qu’il appréciait de loin. Il marchait d’un pas tranquille, sautillant au-dessus des nombreuses congères qui bordaient le trottoir, relevant sur ses oreilles toujours bien rouges, le col matelassé de son fameux blouson.

  — Luc, Luc ! Attends-nous !

Les appels avaient retenti dans son dos, de l’autre côté de la rue, par-delà le voile obscur des flocons tourbillonnant dans le vent. Il se retourna vivement, cherchant du regard les visages familiers de ses deux meilleurs amis dont il avait reconnu les voix. Ils traversèrent la rue en courant pour le rejoindre.

  — Hello !

Son visage radieux en disait long sur le plaisir que lui procurait la présence rassurante des deux compères.

  — Salut, les mecs ! annonça le garçon, alors qu’ils arrivaient à sa hauteur. On s'les gèle encore, ce matin !

Ses copains, acquiescèrent du menton et répondirent en cœur à son salut en cognant leur poing contre le sien, selon une gestuelle bien établie par l’habitude.

  — Et vous, ça baigne ?

  — On fait avec, répondit Steve, le plus grand des deux, un garçon filiforme de cinquante kilos frôlant presque le mètre soixante-dix.

De longs cheveux blonds s’échappaient d’une casquette vissée de travers, de jour comme de nuit, sur sa tête d’ahuri. Il traînait ses quatorze ans dans un jean’s disproportionné, paraissant taillé pour deux ou trois fesses de plus que les siennes. Des oreilles en feuilles de choux lui procuraient un avantage certain en matière d’aérofreins, mais, des railleries qui en résultaient, il s’en moquait royalement.

  — On a failli te louper dans cette mélasse. Y a longtemps que t’es là ? demanda le grand échalas en remontant son sac sur ses épaules.

  — Non, j’arrivais juste.

  — Brrr ! Eh, lança le deuxième, j’voudrais pas vous bousculer, les mecs, mais ça caille un max ! On serait plus à l’aise dans les couloirs du bahut, hein ! Allez hop, on s'arrache !

Des cheveux châtain bouclés sous un bonnet de ski bariolé, une petite flamme malicieuse dansant perpétuellement dans ses yeux noisette, Rémy trimbalait une réputation de gentil garçon, un tantinet espiègle, au langage douteux, dont le père Gaston Revaud, veuf, médecin généraliste, officiait modestement à quelques pas de là.

Les trois ados s’élancèrent gaiement en glissant sur la neige fraîche et disparurent au milieu des bourrasques.

  — T’as vu Lise ? questionna Rémy, une fois passé le portail de l’enceinte scolaire.

  — Devine…On s’est rencontré tout à l’heure, mais elle a filé devant quand vous m’avez appelé.

  — Ah ouais ? Nous, on l’a loupée aujourd’hui à cause de la neige mais hier matin, quand t’es arrivé, on l’observait, avec Steve, elle reluquait les vitrines en surveillant le coin de la ruelle. Quand tu t’es pointé, p’tain, hop, elle s’est glissée derrière toi. T’as vraiment la côte, mec ! Quand est-ce que tu te décides ? Tu sais, elle a l’air accro, cette meuf !

Un rire moqueur ponctua cette affirmation gratuite sitôt repris par le grand Steve.

  — Ouais ! Bon, lâchez-moi, les gars, se rebiffa Luc, gêné. Y a pas le feu !

Pourtant, ce feu sacré couvait depuis bien longtemps dans le cœur de l’adolescent. La petite Lise, il en rêvait tous les soirs quand il était seul dans sa chambre ; imaginant qu’elle lui tenait compagnie, assise sur son lit, à rire de ses pitreries. Dans l’intimité, il lui écrivait des petits mots doux, composait des poèmes mais le lendemain, se sentant ridicule, il les déchirait en prenant bien soin de les rendre complètement illisibles.

  — Il est amoureux… eu ! clamaient en cœur les deux compères en se tapant mutuellement sur les épaules avec des rires bruyants.

Lui, marchait dans la cour, devant ses copains, sans rien entendre, sans voir personne, plongé dans un trip où Lise l’embrassait tendrement lorsqu’un coup violent dans son bras le ramena à la réalité.

  — Alors minus, t’as pensé à moi ? Ce soir, dans la ruelle ! menaça le voyou que le garçon n’attendait plus.

  — Oh ! dégage ! Tu m’les casses, lui répondit Luc qui ne voulait pas se laisser intimider, surtout au milieu de tous ses camarades. T’as rien à glander par ici, c’est pas ton bahut !

Le malfaiteur tourna la tête de gauche à droite pour s’assurer que personne ne s’occupait de lui mais sa taille, ses méfaits habituels et la curiosité naturelle des adolescents commençaient à attirer du monde autour de lui.

  — Kay, p’tite tête, temps mort ! Mais, sérieux, on va bientôt se revoir.

  — C’est ça, tire-toi, tu m’fais pas peur, fanfaronna Luc avec un geste explicite de la main.

Son interlocuteur battit prudemment en retraite et s’éloigna vers la sortie, fixant Luc avec un sourire mauvais qui en disait long sur ses intentions.

  — C’est quoi le blème avec ce type ? lui demanda Steve en fixant l’intrus, ça fait un bail qu’il te tourne autour.

  — Grave ! Les mecs, il me cherche, avec ses potes et je ne sais pas trop quoi faire ! Tous les matins, je flippe un max de le rencontrer.

  — Tu l’as dit au bureau ? poursuivit Rémy.

  — A quoi bon, d’habitude, c’est dans la rue qu’ils me tombent dessus.

Il n’avait pas tort. Que pouvait bien faire Madame le Proviseur pour un incident qui risquait, sans certitude, de se produire à l’extérieur de son établissement ?

Luc songea qu’il aurait mieux fait de sécher les cours. Mais, où passer la matinée par ce froid polaire ? Il se sentait impuissant, n’osant pas en parler à ses parents par peur de représailles, ni à ses amis qu’il cherchait à préserver de la brutalité des trois bandits.

  — Raconte ! demanda Steve, au moment où retentit la sonnerie les appelant en classe.

  — Nan ! Plus tard ! répondit Luc avant de s’élancer dans les escaliers pour couper court à la discussion.

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